STAYER FR PALMARES

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CHAMPIONNAT DE FRANCE DE DEMI-FOND PROFESSIONNELS 1938

Travail réalisé par François Bonnin- STAYER FR

Toute reproduction – partielle ou non – de ce travail devra faire l’objet d’une demande spécifique auprès de STAYER FR

 

 

CHAMPIONNAT   DE FRANCE DE DEMI-FOND 1938

 Paris - vélodrome du Parc des Princes

 


   

 Le nouveau règlement du championnat de France de demi-fond inauguré en 1937 est reconduit : quatorze stayers sélectionnés, répartis en deux séries qualificatives de sept, qualifiant chacune les deux premiers et une épreuve de repêchage ouverte aux six coureurs classés de la troisième à la cinquième place,

la commission sportive de l’U.V.F. se réservant la possibilité de désigner un ou plusieurs concurrents empêchés de se qualifier par cas de force majeure; ce repêchage qualifiant également les deux premiers pour la finale à six.

Vingt-deux candidats ont fait parvenir leur engagement à la direction du Parc des Princes avant la limite fixée au mardi 12 Avril à 16 heures ou à l’U.V.F. avant 18 heures. Dans sa séance du mercredi soir 13 avril, la commission a sélectionné directement dix stayers pour les séries de l’épreuve nationale : Terreau (détenteur du titre), Lacquehay, Paillard, G.Wambst, A.Wambst, Gabard, Minardi, Blanc-Garin, Vallée et Lemoine.

Les douze autres, à savoir –Letourneur, Sausin, A. Sérès, Constant, Gonon, Virol, Comès, Bisseron, Merviel, Pomarède, Monin et Malaval –seront admis à disputer les deux éliminatoires pour les quatre places disponibles, courues sur 100 kilomètres, le jeudi 21 Avril; à condition de confirmer leur engagement par écrit en indiquant  le nom de leur entraîneur, pour le mardi 19 Avril soit à la direction du parc des Princes avant 16 heures, soit à l’U.V.F. avant 18 heures .

 

ELIMINATOIRES - jeudi 21 Avril 1938 - Paris - vélodrome du Parc des Princes - 15h

Neuf coureurs parmi les douze non-sélectionnés ont confirmé leur participation aux éliminatoires (forfaits : Arthur Sérès, Alfred Letourneur et Jean Malaval);  la commission sportive dans sa séance du mercredi soir 20 Avril, les a répartis en deux séries, sous réserve qu’il ne se produise d’autres forfaits.

Dans cette éventualité, tous les coureurs présents se mesureraient en une seule éliminatoire ouvrant la sélection aux quatre premiers du classement.

1ère série                       

1-01 Aimé Constant

 

 

entr. Victor Philippe

 

 

 les 100 km en 1h 20'57"

 

2-03 Pierre Comès

 

 

entr. Félicien Van Ingelghem (BEL)

 

 

  à 6 tours 225 mètres

 

3-02 Roger Bisseron

 

entr. Ernest Pasquier

 

  à   7 tours 175 mètres

 

4-04 Jean Monin

entr. André Chardon

  à 11 tours

La course : Constant, désigné par le tirage au sort prend le commandement au départ et ne sera plus inquiété, doublant ses adversaires à plusieurs reprises dès la mi-course.

Par contre la lutte pour la deuxième place donna lieu à une sévère empoignade  entre Comès et Bisseron.

Ce dernier, parti avec le numéro 2, ne s’avoua vaincu qu’à seize  tours de la fin après une très belle course gâchée en partie par l’intervention intempestive de l’entraîneur Chardon qui pratiqua le barrage de manière illicite, contre un adversaire placé à six tours devant son coureur. Comès fut courageux et a trouvé dans sa qualification, la juste récompense de l’assiduité qu’il apporte à sa préparation.

2ème série 

1-05 Henri Sausin

 

entr. Léon Vanderstuyft   (BEL)

 

Les 100 km en 1h 20'56"

 

2-07 Gérard Virol

 

 

entr. Félicien Van Ingelghem (BEL)

 

  à   3 tours 400 mètres

3-08 Jules Merviel

 

 

entr. Victor Philippe

 

 

  à   4 tours   50 mètres

NC-06 Henri Gonon

entr. Daniel Lavalade

Abandon

NC-09 Maurice Pomarède

Entr. … … ?

Abandon

La course : Comme dans la série précédente, le coureur désigné numéro 1 par le tirage au sort, à savoir Sausin fait cavalier seul, et tourne autour de ses concurrents.

Derrière lui, Gonon ayant abandonné, Virol et Merviel se livrent à une bataille sans merci qui se termine à l’avantage du premier nommé.

Avec Constant et Sausin, les gagnants des deux éliminatoires,  ce sont deux jeunes espoirs, Virol et Comès, nouveaux venus dans la spécialité qui se retrouvent qualifiés pour les épreuves nationales du championnat de demi-fond dont les débuts seront suivis avec intérêt.

 

 

 

 

 

 QUALIFICATIONS - Dimanche 22 Mai 1938 Paris - vélodrome du Parc des Princes

La réunion prévue le dimanche 1er Mai a été annulée, la pluie ayant rendu la piste impraticable, remise au samedi 22 Mai 14h 30 et cette fois différée au lendemain dimanche toujours en raison  des intempéries.

Changements d’entraineurs : lors de la programmation initiale du 1er Mai,  Lavalade et Guérin devaient entrainer respectivement Auguste Wambst et Minardi. A. Wambst ayant ensuite signé avec Guérin, Minardi a été amené à faire appel à Lavalade, libre d’engagement. Lors de la réunion d’attente de Bordeaux-Paris, Guérin qui entrainait occasionnellement Sausin a été accidenté et n’était pas suffisamment rétabli pour les séries du championnat. Auguste Wambst a demandé à son frère de lui « prêter » Lallier qui a accepté de l’entraîner.

1ère série

1-01 Auguste Wambst

entr. Henri Lallier

les 100 km en 1h 23'13"2/5

2-05 Henri Lemoine

entr. Maurice Ville

   à   40 mètres

3-03 Albert Gabard

entr. Maurice Jubi

   à    60 mètres

4-07 Aimé Constant

entr. Victor Philippe

   à  325 mètres

5-02 Charles Lacquehay

entr. Marcel Besson

   à    1tour

6-01 François Vallée

entr. Félix Raynal

   à  10tours

N.C.-06 Pierre Comès

entr. Félicien Van Ingelghem   (BEL)

Abandon 58 km

La course : Le départ est donné dans l’ordre suivant : Vallée, Lacquehay, Gabard, A.Wambst, Lemoine, Constant. Dès le coup de pistolet, les trois premiers se mettent en éventail et Lallier, l’entraineur d’A.Wambst, passe Gabard à l’intérieur et s’engage à la corde, ce qui donne faux départ.

A.Wambst regagne le quartier des coureurs avant de se raviser et de revenir en piste, non sans invectiver et menacer les officiels dont le commissaire technique, Edmond Lauthier.

Le départ peut enfin être donné. A la prise des entraineurs, Vallée rétrograde puis Gabard attaque et passe Lacquehay, mais ce dernier réagit et reprend l’avantage, après une lutte au coude-à-coude.

Au cinquième tour, A.Wambst survient et prend la tête, sans rencontrer de résistance alors que Vallée est doublé. A. Wambst prend le large tandis que Gabard revient à l’assaut de Lacquehay, vainement. La course devient monotone, seul Vallée perd un second, puis un troisième tour; jusqu’au quarantième tour où Gabard récidive contre Lacquehay. La lutte est intense, Lacquehay résiste et double Vallée pour la quatrième fois, lequel « arrête » Gabard que passent Lemoine et Constant.

Lemoine tente alors d’approcher Lacquehay qui réplique et reste hors d’atteinte. La mi-course arrive, Lemoine revient à la charge et cette fois réussit à « sauter » Lacquehay. L’ordre est alors le suivant : A.Wambst, Lemoine à 20 mètres, Lacquehay à 40 mètres, Constant à 100 mètres, Gabard à 400 mètres. Comès et Vallée ont plusieurs tours de retard.

 Au 130ème tour Lacquehay revient sur Lemoine qui décolle et lui rétrocède la deuxième place. Comès vient d’abandonner. Au 160ème  tour  Lacquehay se fait surprendre par Constant et perd sa deuxième place qu’il tente aussitôt de reprendre mais n’y parvient pas. Gabard essaie alors de se défaire de l’étreinte. Il passe enfin « l’obstacle » Vallée et pousse Lemoine sur les trois hommes de tête. Lemoine talonne, puis « saute » coup sur coup Lacquehay et Constant. Gabard, toujours lancé derrière Lemoine dépasse lui aussi Constant mais échoue contre Lacquehay.

En l’espace de dix tours, le classement se trouve bouleversé (78 km) : A.Wambst, Lemoine à 20 mètres ; Lacquehay à 50 mètres, Gabard à 100 mètres, Constant à 200 mètres, Vallée loin.

A 40 tours de la fin, Gabard passe Lacquehay au sprint et devient troisième. Constant passe lui-même Lacquehay et se place quatrième. Il reste vingt tours et Gabard s’efforce à plusieurs reprises d’attaquer Lemoine lequel se défend avec succès et les positions restent les mêmes.

Plus que 8 tours : Gabard sprinte mais ne peut revenir à la hauteur de Lemoine qui gagne sa qualification derrière Auguste Wambst, gagnant de la série.

 

 

 

 

 2ème série

1-07 Ernest Terreau

entr. Alphonse Groslimond  (CH)

les 100 km en 1h 21'51"1/5

2-03 Georges Paillard

entr. Pierre Deliège

   à  250 mètres

3-04 Alexis Blanc-Garin

entr. Maurice Jubi

   à  350 mètres

4-02 Georges Wambst

entr. Henri Lallier

   à  375 mètres

5-06 Henri Sausin

entr. Léon Vanderstuyft         (BEL)

   à  1 tour 100 mètres

6-01 Gérard Virol

entr. Félicien Van Ingelghem (BEL)

   à  1 tour 175 mètres

7-06 Louis Minardi

entr. Daniel Lavalade

   à  1 tour 400 mètres

La course : L’ordre au départ est : Virol, G.Wambst, Paillard, Blanc-Garin, Minardi, Sausin et Terreau.

Virol fait un beau départ et en trois tours double Minardi, devenu dernier après la prise d’entraineur.

Mais rapidement Virol se ressent de cet effort violent et il cède au retour du lot. Paillard, le supplante sans opposition, suivi de Blanc-Garin, qui à son tour devient leader. Paillard force l’allure et reprend le commandement. Derrière lui la bataille fait rage pour les places.

Terreau qui avait été assez long à se mettre en action améliore progressivement sa position et remonte de la quatrième à la deuxième place à la demi-heure de course (37,250 km) atteinte sur les positions suivantes : Paillard, Terreau, Sausin, Blanc-Garin et G.Wambst. Virol et Minardi ont 1 tour de retard.

L’ainé des Wambst vient ensuite ravir sa troisième place à Sausin, mais celui-ci, après un temps de pause, repart et d’un bond vient non seulement récupérer sa place mais aussi la seconde, contre Terreau.

La mi-course arrive, Paillard continue sa ronde sur un rythme soutenu , ponctué de sprints « fous » et précède dans le même tour, Sausin, Terreau, G. Wambst. Blanc-Garin ; et à 1 tour, Minardi et Virol. Puis, Sausin rétrograde et Minardi essaye de se dédoubler mais sans y parvenir.

Au soixantième kilomètre, Paillard échoue à doubler Virol, il décolle et Terreau en profite pour lui prendre la première place, les positions s’établissant comme suit : Terreau, Paillard, Blanc-Garin, G. Wambst et Sausin ; Minardi et Virol ferment toujours la marche à 1 tour. Terreau tente à son tour de doubler Virol, ce qu’il parvient à faire, mais au prix de sérieux efforts. Il reste soixante et onze tours à couvrir. Après avoir résisté avec acharnement, Sausin est à son tour doublé. Terreau imprime à présent un rythme élevé en tête et couvre 73,835 km dans l’heure. Le train est beaucoup plus rapide que dans la série précédente. G. Wambst est à son tour doublé, puis il se dédouble mais se fait re-doubler ! Terreau essaie ensuite   de doubler Blanc-Garin sans y parvenir ce dont profite G. Wambst pour se dédoubler. Paillard conserve la deuxième place sans avoir été jamais inquiété. Virol fait un magnifique retour, sautant Sausin et G.Wambst mais son effort a été encore une fois trop brutal. Sausin repasse et  sauve sa 5° place qualificative pour le repêchage.

A l’issue des deux épreuves qualificatives, A Wambst, Lemoine, Terreau et Paillard se sont qualifiés pour la finale. Dans la première série, Auguste Wambst, après les incidents du départ, s’imposa rapidement à la première place qu’il assura jusqu’au bout, limitant ses efforts du fait que le poids de la course se reportait sur la lutte pour la deuxième place. Derrière, Lacquehay dut supporter toutes les attaques, terriblement rapides de Gabard puis de Constant auquel il céda la seconde place avant, enfin de se faire surprendre par Lemoine. Henri Lemoine a fait une course prudente mais lorsque Gabard déclencha les hostilités à l’heure de course, il parvint à s’échapper. Contraint alors de « sauter » Lacquehay et Constant, Lemoine se hissait à la deuxième place qu’il défendit avec brio contre l’offensive finale de Gabard. Albert Gabard fut, tout comme Lacquehay, victime de sa combativité. Après de sévères coude-à-coude avec Lacquehay, il se laissa couler à l’arrière. Quand il eut récupéré, il s’employa à revenir sur la tête mais il trouva Lemoine devant lui, lequel soutint le travail forcené imposé. L’allure devint excessivement rapide, il restait trop peu de tours et Gabard  échouait de vingt  mètres. Terreau a démontré qu’il était sans doute le meilleur concurrent des deux séries. Parvenu en tête au cen-trente-deuxième  tour, il ne ménagea pas ses efforts pour creuser les écarts et doubler plusieurs de ses rivaux. Sa performance est d’autant plus méritoire. Paillard, longtemps leader de cette deuxième série après un départ fulgurant, courut sagement au train après la mi-course et ne fut pas approché pour la seconde place. Georges Wambst eut quelque éclairs mais ne semblait pas dans le bon rythme, et fit toute la course à l’énergie, souffrant visiblement du vent glacial. Constant dans la première série, remarquablement entrainé et en excellente forme joua très bien son rôle de trouble-fête. De même Blanc-Garin, défendant la troisième place (mais n’attaquant  pas Paillard) et Sausin, toujours solide et combatif (bien qu’irrégulier) dans la seconde firent pour la première fois depuis longtemps jeu égal avec les grands as. Parmi les éliminés, Vallée, asphyxié au départ par manque d’entrainement, récupéra ensuite suffisamment mais ce fut pour fausser la course (ce dont il se défendit pourtant). Comès fit bien au début, puis « flotta dans le vent » par manque de métier et ne put terminer. Minardi, doublé de façon incompréhensible au début, tint tête à tout le monde par la suite, mais il était trop tard. Enfin, Virol fit une course étourdissante. Souple, adroit rapide, il s’est révélé un grand espoir du demi-fond. Parti trop vite, il récupéra, fit décoller Paillard et manqua de quelques mètres la qualification pour le repêchage que disputeront Gabard, Constant, Lacquehay, Blanc-Garin, Georges Wambst et Sausin.

 

 

 

 

  Gabard (500 francs dans la première série) ; Sausin et Virol (250 francs chacun dans le deuxième série) obtiennent les primes offertes aux stayers les plus combatifs par l’ex-stayer Henri Bréau et les jantes RECORD ®

[Communiqué Officiel (Bulletin de l’U.V.F du Jeudi 26 mai 1938)

  

1ère série qualificative - vélodrome du Parc des Princes – Dimanche 22 Mai 1938

« Wambst (Auguste) 100 francs d’amende : Menace d’abandon à la suite du faux départ provoqué par une manœuvre de son entraineur. Propos injurieux et menaces en public à l’égard de de la direction et des officiels. A la demande des commissaires, la commission sportive inflige en plus à ce coureur, une suspension de quinze jours, du 30 mai au 13 juin 1938. Lallier (Henri) entraîneur motocycliste. 100 francs d’amende : A provoqué un faux départ en passant un adversaire à la corde »

 

REPECHAGE - Jeudi 26 Mai 1938 - Paris - vélodrome du Parc des Princes

Le repêchage du championnat de France de demi-fond est couru le jeudi de l’Ascension.

Au programme de la réunion, figurent l’épreuve nationale du championnat de vitesse qui voit Gérardin prendre sa revanche sur Chaillot, ainsi qu’une rencontre éliminatoire de la coupe de France des clubs sur piste, compétition créée cette même année.

En l’absence de Vanderstuyft, c’est Ville qui entraine Sausin. Blanc-Garin doit également changer d’entraineur, Jubi étant lié par contrat principal avec Gabard, les deux stayers s’alignant ensemble dans cette épreuve.

1-01 Georges Wambst

entr. Henri Lallier

  les 100 km en 1h 23'1"2/5

2-06 Charles Lacquehay

entr. Marcel Besson

   à  15 mètres

3-05 Aimé Constant

entr. Victor Philippe

   à   35 mètres

4-02 Alexis Blanc-Garin

entr. … … ?

   à 120 mètres

5-04 Henri Sausin

Maurice Ville

   à 230 mètres

6-03 Albert Gabard

Maurice Jubi

   à 440 mètres

La course : Les concurrents partent dans l’ordre suivant, déterminé par le tirage au sort : Georges Wambst, Blanc-Garin, Gabard, Sausin, Constant, Lacquehay.

A la prise des entraineurs seul Lacquehay améliore sa position et remonte au quatrième  rang après deux tours . La course se poursuit au train, les 10 km en 08'31"4/5, par G.Wambst. Au vingt-quatrième tour, Gabard attaque et passe Blanc-Garin pour la deuxième  place qu’il cède à Lacquehay deux tours après pour la reprendre aussitôt les 20  km en 16'28"4/5 par G. Wambst.

Au quarante-sixième tour Gabard poursuit son effort, attaque pour la première fois le leader, mais échoue. Le chassé-croisé continue pour la deuxième place entre Lacquehay (cinquantième tour) et Gabard (soixante-deuxième tour), les 30 kilomètres en 24'23"4/5 par G. Wambst, suivi de Gabard et Lacquehay , 37,015 kilomètre dans la demi-heure.

Peu après les 40 km atteints par G.Wambst en 32'35"3/5, Lacquehay repasse devant Gabard et tente l’attaque pour la première place. G.Wambst garde l’avantage. Peu avant la mi-course, Blanc-Garin vient se mêler à la lutte et pointe brièvement en seconde position au quatre-vingt-quatorzième tour. Cinq tours plus loin, Gabard porte une attaque très sérieuse contre G. Wambst lequel, pour la première fois doit lutter au coude-à-coude. G. Wambst décolle, mais au moment de passer, Gabard, lui aussi quitte le rouleau. G. Wambst se replace rapidement alors que Gabard rétrograde. Blanc-Garin (101ème tour) et Lacquehay (107ème tour) se succèdent ensuite à la seconde place et la mi-course survient sur les positions suivantes : G.Wambst, les 50 km en 40'38"1/5, Lacquehay à 20 mètres, Blanc-Garin à 50 mètres, Constant à 60 mètres, Gabard à 80 mètres et Sausin à 400 mètres. La situation se fige durant 10 kilomètres. G.Wambst abat les 60 km en 49'05"4/5.

Au cent-trente-cinquième tour, Constant remonte à la deuxième place et tente lui-même l’assaut contre G.Wambst, sans succès. Et la « valse » des seconds reprend : Lacquehay (151ème tour), puis Gabard (153ème tour), revenu en action. G.Wambst repousse l’attaque de Gabard et franchit le cap des 70 km en 58'44".

Gabard a été défait par Constant qui redevient deuxième (156ème tour). G.Wambst couvre 71,560 km dans l’heure. Au 75ème kilomètre, Gabard qui fait une course splendide repasse second avant de céder, neuf tours plus loin au retour de Blanc-Garin ; les 80 km en 1h 06'13"2/5 par G.Wambst. Au cent-quatre-vingt-troisième tour, Lacquehay ravit la deuxième place à Blanc-Garin. Les six concurrents sont dans le même tour mais semblent à présent se ressentir de leurs attaques incessantes. Seul Sausin a fait une course d’attente mais il ne parait pas disposer des ressources pour hausser son rythme. G.Wambst n’est plus attaqué et couvre les 90 km en 1h 14'43"2/5. Les positions ne changent plus et au terme d’une course extraordinaire au cours de laquelle la seconde place changea dix-sept fois de titulaire, Georges Wambst, en tête du début à la fin et Lacquehay, challenger avisé, se sont qualifiés pour la finale du championnat de France.

Georges Wambst a sans doute fourni la plus grande course de sa carrière de stayer. Ayant tiré le numéro 1 au départ, il a mené de bout en bout en résistant à tous les assauts tout en restant dans les remous d’un sixième adversaire. Les attaques les plus sérieuses vinrent de Lacquehay et surtout de Gabard, à trois reprises.

Sur l’avant-dernière, il décolla même, mais se reprit aussitôt et préserva sa première place. Au milieu des « feux d’artifice » qui sans arrêt, convergèrent autour de la seconde place, Charles Lacquehay fut le compétiteur le plus clairvoyant. Sans s’acharner à batailler à outrance pour la première place sur laquelle il ne porta qu’une seule pointe, et se laissant souvent prendre la deuxième sans chercher à résister, il produisit moins d’efforts mais les plaça toujours au bon moment. Ainsi, après qu’il eut détenu à 6 reprises, cette seconde place ardemment disputée, la dernière fois fut la bonne, à dix-sept kilomètres de l’arrivée. Pour G.Wambst et Lacquehay, avec le cran, le métier parla en faveur de ces deux stayers, lesquels pour n’accéder que tardivement à la finale du 10 Juillet, n’y joueront pas moins un rôle de premier plan.

Blanc-Garin ne se montra que peu avant la mi-course. Ensuite, il se déchaîna et il s’en fallut de peu qu’il ne réussisse, ne cédant la place qualificative tant convoitée que dans les vingt derniers kilomètres. Constant se prodigua moins mais n’en fut pas moins excellent. En deux occasions, il  fut en position de jouer la qualification. Constant et Blanc-Garin ont couru bien au- dessus de la valeur qu’on leur accordait généralement. Ils se retirent avec les honneurs.

Parmi les six participants Sausin fut le seul à faire la course d’attente et à partir du soixantième kilomètre, on s’attendait à le voir s’envoler et attaquer avec ses forces intactes. Ce fut un espoir déçu car lorsque l’on vit l’énigmatique maillot jaune accélérer, il apparut que les réserves de « Bibi » étaient épuisées.

Enfin, Gabard fut l’attaquant numéro 1. Crédité d’une course sensationnelle, il fut l’auteur d’au moins vingt retours auxquels on n’osait croire, gagnant à six reprises la seconde place. Il fut le seul à défier sérieusement le leader à la conquête de la première qu’il fut sur le point d’acquérir après un fantastique coude-à-coude qui vit son rival décoller. Mais s’il se montra brillant animateur, ce qui lui valut de regagner le quartier des coureurs sous les acclamations de la foule à qui il a pu offrir un aussi grandiose spectacle, il n’en a pas moins commis la lourde faute – pour laquelle son entraîneur, Jubi porte sa part de responsabilité- d’avoir bataillé plus que de raison. C’est probablement dans les cinquante premiers tours qu’il compromit ses chances, alors que la seconde place dont il eut du se satisfaire pour être qualifié était largement à sa portée.

 

 

 

 

 FINALE - Dimanche 10 Juillet 1938 - Paris - vélodrome du Parc des Princes

1-01 Henri Lemoine

entr. Maurice Ville

les 100 km en 1h 20'35"2/5

2-05 Georges Paillard

entr. Pierre Deliège

   à  15 mètres

3-02 Charles Lacquehay

entr. Marcel Besson

   à 150 mètres

4-02 Georges Wambst  

entr. Henri Lallier  

   à 180 mètres

5-04 Ernest Terreau

entr. Alphonse Groslimond   (CH)

à 300 mètres

6-046 Auguste Wambst

entr. Maurice Guérin

   à 400 mètres

La course : Ordre au départ. Lemoine, Lacquehay, G.Wambst,Terreau, Paillard, A.Wambst.

Le temps est menaçant, quelques gouttes de pluie tombent. Dès le coup de pistolet, Lemoine démarre. Il est le premier sur le rouleau, le départ se fait au sprint et les positions sont inchangées tant l’effort a été rude pour tous. Ce n’est qu’au cinquième kilomètre que Lacquehay vient attaquer Lemoine, mais après deux ou trois assauts aisément esquivés, il ne peut passer et aux 10 km, (08'34"3/5),Lemoine se replace.

Au dix-septième kilomètre G.Wambst sprinte et passe Lacquehay sans résistance de ce dernier. Lemoine passe les 20 km en 16'30"3/5 devant G. Wambst, Lacquehay, Terrreau, Paillard et A. Wambst.

Du vingtième au trentième kilomètre, Terreau passe à l’offensive en battant Lacquehay, imité bientôt par Paillard. Mais aussitôt, A. Wambst, merveilleux d’allure, part au sprint de la dernière position, les passe tous les deux et vient se placer derrière son frère. Lacquehay rétrograde en dernière position. Lemoine, toujours en tête, repousse aisément une attaque venue de G. Wambst et franchit le seuil des 30 km en 24'25"4/5. La pluie fait son apparition.

Au trente-cinquième kilomètre d’une course sévère au train, G.Wambst attaque mais échoue encore contre Lemoine, qui, imperturbable active l’allure, ce qui annihile toute velléité. G. Wambst faiblit. Lemoine parcourt 36,960 km dans la demi-heure. Terreau le talonne à quelques mètres. A. Wambst est troisième grâce à ses sprints qui lui ont permis de sauter, dans un tonnerre d’applaudissements, G.Wambst, Paillard et Lacquehay, les 40 km en 32'23"2/5 par Lemoine. Peu après, Paillard, qui est avant-dernier se démène et passe G.Wambst qui se ressent de son attaque, Lacquehay fait de même. Aucun fait saillant ne se produit jusqu’aux 50 km atteints par Lemoine en 40'16"4/5.

Immédiatement après, Terreau, toujours dans le sillage de Lemoine monte aux balustrades et fonce sur le leader qu’il remonte jusqu’au pédalier. Terreau est superbe. Quel mordant ! Bien que surpris, Lemoine pare l’attaque, active une fois de plus et écoeure son assaillant par sa résistance. Terreau est repoussé à 20 mètres. Suivent A.Wambst à 150 mètres, Paillard à 260 mètres, G. Wambst à 290 mètres et Lacquehay à 350 mètres. Terreau faiblit et recule jusqu’en fin de peloton, et dans le même temps, Lacquehay se hisse à la troisième place derrière Lemoine et Auguste Wambst, les 60 km en 48'18"3/5.

C’est au tour d’A. Wambst de se lancer sur Lemoine. Le vent se lève, la lutte est superbe. A. Wambst décolle mais se reprend et résiste à Lacquehay. Lemoine passe le cap des 70 km en 56'37"1/5. Au 72ème kilomètre, Georges Paillard ravit la seconde place à A. Wambst au prix d’un bel effort. Il fait décoller A.Wambst qui descend à la dernière place, battu par Terreau qui est reparti. Lemoine couvre 74,180 km dans l’heure et les 80 km en 1h 04'42". Lacquehay se lance contre Paillard qui lui résiste. G.Wambst a récupéré il passe Lacquehay et tente d’attaquer Paillard mais il décolle et Lacquehay lui reprend la troisième place.

Le train s’est ralenti et les hommes sont presque regroupés au passage des 90 km où pointe Lemoine toujours premier en 1h 12'51", Paillard suit à vingt mètres. La fin approche. Terreau fait de gros effort mais l’allure est redevenue plus rapide et les positions se maintiennent. Devant, Lemoine active et prend du champ car Paillard s’est lancé à sa poursuite. Plus que dix tours : Paillard fait des efforts désespérés.

A cinq tours de la fin, Paillard fond sur Lemoine dont l’avance se réduit. Plus que quatre tours : Paillard est presque sur Lemoine. A deux tours, le « Lion » est à vingt mètres de « l’homme aux petits pois ».

Tirant à la corde, Paillard fonce mais l’équipage Lemoine/Ville, intraitable, résiste jusqu’au bout sous les clameurs d’une foule chavirée. Sitôt l’arrivée, tandis qu’Henri Lemoine enfile le maillot tricolore, une fine averse tombe et rend la piste impraticable. Il était temps !

Henri Lemoine est champion de France de demi-fond, ayant mené du premier au centième kilomètre, malgré les attaques endiablées que lui portèrent sans relâche, Terreau, Lacquehay et G.Wambst. Bénéficiant du tirage au sort du départ qui l’avait désigné au premier rang, il jugula remarquablement tous les assauts en activant l’allure au maximum. Maurice Ville l’entraîna à la perfection. Lors de l’attaque surprise de Terreau, il lui fit accomplir deux tours au sprint afin de lui épargner le risque dangereux du coude-à-coude. Ville fut enfin décisif dans la réplique opposée au dernier sprint vertigineux de Paillard.

Malgré des débuts prometteurs dans la spécialité voici quelques années, Lemoine ne fut pas encouragé.

Obligé de s’exiler en Allemagne et résidant à Leipzig suite à cette mise à l’écart orchestrée par la toute puissante direction de l’Auto, il est devenu un très grand stayer à la dure école du demi-fond d’outre-rhin.

Ce titre est une belle revanche, une énorme satisfaction et un formidable pied-de-nez à ses détracteurs.

Georges Paillard fut épatant, le seul à donner l’impression de rattraper le leader dans les derniers tours. En dernière position avant la mi-course, il sonna la charge dans les dix derniers kilomètres. déchainé, splendide, Paillard entamait à six tours de la fin une chasse spectaculaire pour terminer à quelques mètres de Lemoine. Charles Lacquehay, qui disputait son dernier championnat a magnifiquement tenu son rôle. Il courut vaillamment sa chance chaque fois que l’occasion se présentait. Georges Wambst a fort bien mené sa course. Il a produit des démarrages remarquables et répétés. Le train imposé par Lemoine fut sévère de bout en bout et attaquer dans les conditions où il le fit n’était pas qu’un jeu d’enfant. G.Wambst dut batailler à chaque fois pour obtenir le passage à tout prix, l’échine courbée afin de rejoindre le leader offrant le spectacle inoubliable de l’homme courageux décidé à ne pas se laisser barrer. Ernest Terreau a perdu son titre, non sans l’avoir âprement défendu jusqu’au bout de ses forces. Attaquant sans cesse, virant aux balustrades tant l’allure était rapide. Hargneux, volontaire, décollant parfois, il remontait à l’offensive sans même avoir récupéré. Un magnifique lutteur ! La passe d’armes, si attendue de tous qui le mit en présence de Lemoine fut émotionnante au possible bien que relativement brève. Il atteignit le leader jusqu’à hauteur de pédalier, mais d’un coup de rein, celui-ci repartait et Terreau ne se remit jamais de cet effort malgré une belle réaction sur la fin. Auguste Wambst, pour les raisons exposées plus haut à propos de son frère, à savoir l’allure de la ronde, ne put exploiter comme il l’aurait voulu son fameux « jump ». Parti le dernier, il eut à remonter des rivaux qui n’étaient pas décidés à lui laisser la voie libre. A un certain moment il pouvait espérer profiter des duels Terreau-Lemoine. Malgré sa grande valeur, il dut laisser sa place mais sort de la lutte avec les honneurs car il combattit vaillamment avec une régularité exemplaire.

NOTA. Sources consultées pour cette recherche : Les Quotidiens L’Auto, Paris-Soir Sprint, L’Intransigeant et L’Ouest-Eclair, ainsi que les Hebdomadaires Cyclo-Sport (pour la première contribution de Patrick Police relative à la finale) et MIROIR DES SPORTS (Bases documentaires : GALLICA-BNF et fonds personnels des contributeurs)

Les listes des entraîneurs ont été publiées par les numéros de présentation de L’Auto pour les séries qualificatives et la finale. Le détail concernant les changements d’entraineurs entre la programmation initiale du 1er Mai et celle du 22 Mai est également clairement rapporté dans le quotidien. Concernant les séries éliminatoires et le repêchage, les noms des entraineurs ne sont pas donnés. Comme précédemment, l’étude des séances d’entrainement relatée quotidiennement dans la rubrique « Echos des pistes » jusqu’à la veille des épreuves et des informations diverses (certaines citant nommément les noms des entraineurs manquants) ont permis de les retrouver. Il n’a pas été possible cependant d’identifier avec certitude l’entraineur de Blanc-Garin dans le repêchage (Deliège ? Chardon ? ) ni celui de Maurice Pomarède.

 

 

 



14/11/2017
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